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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 19:31

 

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Marisa Merz -Untitled Living Sculpture- Turin 1966 - Lion d’or Biennale Venise 2013


En 2013, trois artistes des douze fondateurs de l’Arte Povera font l’actualité sur les grandes places internationales de l’histoire de l’art en Europe et en France. Marisa Merz obtient le Lion d’or à la Biennale de Venise, Guiseppe Penone enracine ses arbres au Château de Versailles et Michelangelo Pistoletto dépose la marque de son Troisième paradis sur la pyramide du Musée du Louvre.

 

Marisa Merz -Turinoise née en 1931, épouse de Mario Merz- obtient en juin 2013 la reconnaissance du Lion d'or de la 55ème Biennale de Venise. Les œuvres de Marisa Merz interrogent les figures féminines, mêlant espace de travail et espace domestique. Elle propose, suivant le titre d’une de ses expositions en 1975, une lecture alternative du monde « Avec les yeux fermés, les yeux sont extraordinairement ouverts ». En 1966, elle présente une installation « sculpture vivante » dans son appartement faite d'épaisses feuilles d'aluminium agrafées, aux formes organiques énigmatiques. « Elle réutilise certaines œuvres précédemment exposées. Ajoutées à d'autres éléments, ces pièces prennent un sens nouveau : le travail de Marisa Merz se déploie sur le mode de la réappropriation. »[1] Fondée en 1893 et organisée pour la première fois en 1895, la Biennale d’art contemporain de Venise remet plusieurs prix et notamment Le Lion d'or pour la meilleure participation nationale. Ce grand prix international a exprimé en 1968 des protestations politiques et intellectuelles de son temps, ce qui lui a valu sa suppression, et sa réorganisation presque vingt ans plus tard, en 1986. Déjà récompensée par le Prix spécial du Jury en 2001, Marisa Merz unique représentante féminine du groupe Arte povera est aussi une des rares à obtenirle Lion d’or de la Biennale d’art contemporain de Venise. Avant elle, Giovanni Anselmo fût primé en 1990 -peinture- et Michelangelo Pistoletto en 2003 pour l’ensemble de son œuvre ont obtenu cette reconnaissance.

L'Arte Povera[2] ne se veut  ni un mouvement, ni un manifeste,  mais une « attitude ». Le terme « Arte Povera » est issu du mot « povero » qui signifie « pauvre ». Germano Celant, critique et historien d'art formé par l’écrivain Umberto Eco et dans la lignée du spatialisme de Fontana, organise à Gênes en 1967, une exposition « Arte Povera.Im- Spazio ». Les travaux d’Alighiero e Boetti, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Giulio Paolini et Pino Pascali illustrent l’idée de Celant du "caractère empirique et non spéculatif du matériau". Pour Pistoletto, il est « une posture opposée à la ferveur futuriste et à la clameur consumériste, dans la mesure où elle souligne la saturation d’un idéal de croissance qui a atteint son maximum. »[3] Guiseppe Penone qui a rejoint l’attitude de « l’art pauvre », explique que « cette dénomination  ne correspondait pas à une définition : il n’y avait pas plus de groupe constitué que de dogme esthétique ou philosophique commun /…/ Celant avait compris qu’un grand changement était en train de se produire à l’échelle du monde occidental, il a signé le texte du livre Arte Povera. »[4] Reflet d'un climat contestataire des années 60 en Italie et suivant une stratégie artistique de « guerilla «  à l’encontre de la domination des artistes américains et du pop art devenu incontournable. « C’est vrai que dans les années 1960, il y a eu cette idée du rejet de la patte de l’artiste et d’une mécanisation de l’œuvre -pop art- qui pouvait, puisque réalisée mécaniquement, aussi bien être faite par d’autres personnes que l’artiste »[5]. Les artistes de l’Arte Povera prônent le dépouillement, le retour de l’art à l’essentiel. « Exprimant une vision critique de cette société fondée sur le culte de la technologie et de la valeur marchande, le choix de matériaux de nature évolutive engendre une réflexion sur le temps/…/ Guiseppe Penone réalise ainsi en 1968 l’action -J’ai empoigné un arbre- qui se modifie dans le temps puisque la main de l’artiste moulée dans le bronze, agrippée à un tronc, sera petit à petit recouverte par son écorce.» [6]


Guiseppe Penone investit durant l’été 2013 les jardins du Château de Versailles, pour le 400ème anniversaire de la naissance d’André Le Nôtre, après les « éclats bling et spectaculaires de Koons, Vasconcelos ou Murakami. » L’artiste « chef de file » de l’Arte Povera relève ainsi le défi de l’hommage au jardinier, paysagiste de Louis XIV. « Le jardin est un lieu emblématique, qui synthétise la pensée occidentale sur le rapport homme-nature. Construit pour exalter le pouvoir d’un homme, il souligne en fait la force et le pouvoir de la nature qui minimise l’action de l’homme, obligé à un travail pérenne de manutention pour le préserver. /…/ Mon action de sculpteur concentre l’attention sur l’extraordinaire intelligence de la croissance végétale et sur l’esthétisme parfait présent dans la nature.» commente Giuseppe Penone.

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Giuseppe Penone -Le Foglie delle radici/Les feuilles des racines-

Bassin du Char d'Apollon Jardins Château de Versailles 2013

 

L'objet d'art au cœur du processus de création, au-delà de l’opportunisme de sa fonction utilitariste, devient un enjeu parce qu’il révèle une stratégie qui fait sens au sein de la société. Les pratiques artistiques délivrent un message, parfois précoce, au delà de l'interprétation de l'œuvre, explicite ou implicite, leur perception évolue suivant les époques, le lieu et l'histoire commune. Pistoletto développe son projet de Cittadellarte suivant la devise « L’art au centre d’une transformation sociale responsable[7] L'anthropologue ne s'intéresse pas à la valeur esthétique du travail de l'artiste -ce qui le distingue de l'historien d'art- mais au témoignage lié à ses pratiques, l'utilisation des matériaux, des techniques empruntées par les sociétés, au développement des sciences, à la forme de langage employé, à ses perceptions et à leur évolution dans le temps. L'éco-anthropologue de l'art contemporain élargit le champ de ses recherches sous l'angle de l'écologie en interrelation avec l'écosystème -milieu et acteurs- de l’art des années 60 à aujourd'hui.


Matériaux de prédilection pour les artistes de l’Arte Povera, ceux empruntés à la nature et souvent négligés dans l’art du 20ème siècle exception faite des artistes du Land art. Végétaux, boue, pommes de terre -Patate 1977 de Guiseppe Penone- bois et arbres, verre et pierre -Igloo di Giap 1968 de Mario Merz -du nom du général Giap dans le contexte de la guerre du Vietnam- ou encore laitue fraîche et granit  -Struttura che mangia 1968 de Giovanni Anselmo, etc. La scénographie est souvent réduite à sa plus simple expression. Les artistes de l’Arte Povera utilisent également des matériaux ordinaires comme des vieux vêtements, des chiffons, du coton, des matelas ou du papier mâché -Mappamondo 1966-68 de Michelangelo Pistoletto- actuellement exposé au Musée du Louvre. Cette Mappemonde de la série des « Objets en moins » est réalisée en papiers journaux compressés, morceaux choisis de l’actualité des années 60 « image du présent en mouvement dans l’histoire ». Pistoletto met en scène sa sphère de journaux au cours d’une performance au Louvre à Paris, roulée dans l’espace public pour la nuit des Musées du 18 mai 2013. Apparentées dans les années 60 au « théâtre expérimental italien » évoqué par Germano Célant et en écho au teatro povero, les travaux de l’artiste prônent la sobriété voire l’ascétisme des moyens pour un rôle plus actif du spectateur. A partir de 1967 au croisement de ses activités avec sa compagnie de théâtre le Zoo, Pistoletto plaide pour la réappropriation des déchets, chiffons, un recyclage pragmatique conscient et « post-consumériste ». Ses travaux en 1968, Petit monument, Colonne de chiffons et Orchestre de chiffons, valorisent ce matériau -le chiffon- non seulement comme un moyen de fabrication mais également dans la détermination du sens donné à l’œuvre et à ses représentations. Michelangelo Pistoletto, avec les Objets en moins, continue d'exercer son influence sur de nouvelles générations d'artistes.

Suivant cet engagement, Michelangelo Pistoletto a fondé en 1999, à Bielle dans sa ville natale en Italie, la Cittadellarte, cité de l’art « ville-laboratoire inter-méditerranéenne », observatoire de nouvelles pratiques artistiques et humanistes -« nouvel humanisme »[8] - dans le monde. La fondation Pistoletto, aux allures de citadelle a vocation à produire une « transformation responsable de la société /…/ en prenant comme point de départ une dimension locale plus réduite. » Elle est constituée de plusieurs départements artistiques engagés dans différents secteurs de la vie civile : politique, économie, écologie, production, communication et éducation. Une résidence d’artistes, soutenue par l’Unesco, propose via le « Progetto Arte Manifesto » -projet jugé « utopique » en 1994- un nouveau rôle pour l’artiste, acteur du lien social et vecteur d’éthique responsable. « Le but est de réagir à  un déséquilibre civil  d’ampleur macroscopique […], un terrible dysfonctionnement, l’artiste ne peut manquer de s’en rendre compte et de s’interroger sur son rôle en ce moment, face à ce monde-ci ». La fondation préconise une nouvelle façon de penser l'écologie,  une « géographie de la transformation » ou « géographie du changement » visant l'amélioration et la réutilisation des déchets tels des objets utiles à vivre dans un environnement créatif avec une incitation à consommer critique et responsable.

Si l’Arte Povera se veut une attitude plus qu’un mouvement, les œuvres à partir de la fin des années 60 de ces artistes questionnent le 21ème siècle et font écho aux représentations du monde actuel et au système économique en crise. En 2011, La Vénus de Milo face aux chiffons devient une « icône du recyclage » et l'Arte Povera est assimilé à un « art de la décroissance »[10]. L'Arte Povera est-il un « art pauvre », un « art de la décroissance » ? Le Carré d’Art de Nîmes a rassemblé la même année huit jeunes artistes[11] autour de l’exposition « Pour un art pauvre -Inventaire du Monde et de l’atelier». La collection du musée d’art contemporain est riche en Arte Povera. « Art "pauvre" ? Pour nous : art essentiel. Les matières et matériaux -parmi les plus inattendus…- présents dans cette exposition internationale nous renverront salutairement aux perceptions premières -comme il y a un cri primal. Nous serons dépouillés de nos vanités artistiques, de nos superflus esthétiques, de nos Oripeaux mercantiles. »[12] Emmanuelle Lequeux parle « d’écologie du regard »[13], les critiques évoquent un remède à la crise, une sculpture contemporaine socialement engagée. Pistoletto associe l’adjectif -pauvre- de l’Arte Povera à "la décroissance, une idée écologique du progrès /…/ sortir de cette situation de consommation quotidienne et trouver des énergies nouvelles."



[1] Grenier, Catherine. Exposition Marisa Merz Galerie Sud, Extrait du petit journal de l'exposition, Service des Archives Centre Georges Pompidou, Paris, 1994, p 2.

[2] Artistes d’Arte Povera : Giovanni Anselmo, Alighiero e Boetti, Pier Paolo Calzolari, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Mario Merz, Marisa Merz, Giulio Paolini, Pino Pascali, Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto et Gilberto Zorio. Bertolino, Giorgina. 2008. Comment identifier les mouvements artistiques De l’impressionnisme à l’art vidéo. Milan, Hazan, 2008 p 262.

[3] Pistoletto, Michelangelo. Le Troisième paradis, Venise, Actes Sud, 2011p 35.

[4] Jaunin, Françoise. Guiseppe Penone Le regard tactile Entretiens avec Françoise Jaunin. Lausanne (Suisse), La bibliothèque des Arts, 2012, p 21.

[5] Ibid. p 115.

[6] Lemoine, Serge. L’art moderne et contemporain. Paris, Larousse, 2010, p 230.

[7] Pistoletto, Michelangelo. Le Troisième paradis. Venise, Actes Sud, 2011, p 104.

[8] Naldini, Paolo. Directeur de Cittadellarte, Musée du louvre, Dossier de Presse exposition Année 1, le Paradis sur Terre, 2013, p 11.

[9] Ibid. Bernadac, Marie-Laure. Entretien avec Michelangelo Pistoletto (extraits), 2013, p 5.

[10] Pistoletto, Michelangelo. Le Troisième paradis, Venise, Actes Sud, 2011 p 35.

[11] Carré d'art Musée d'art contemporain de Nîmes Pour un art pauvre Inventaire du Monde et de l'atelier, Nîmes, 2011.
Artistes de l’exposition : Karla Black, Katinka Bock, Abraham Cruzvillegas, Thea Djordjadze, Gabriel Kuri, Guillaume Leblon, Gyan Panchal et Gedi Sibony. Carré d’Art, Musée d’art contemporain de Nîmes.  
[12]
Ibid.
Avant-Propos p 7.

[13] Emmanuelle Lequeux est Journaliste et critique spécialisée dans les Arts pour Le Monde.

Lire article jardin-eco-culture.com Pistoletto au Louvre ou l'Arte Povera au "Troisième Paradis"

 

Plus d'infos Expositions

- Michelangelo Pistoletto Année 1, le paradis sur terre Musée du Louvre du 25 avril au 2 septembre 2013

- Penone Versailles Château de Versailles du 11 juin au 31 octobre 2013

- 55ème Biennale d'art contemporain de Venise du 1er juin au 24 novembre 2013


 Extrait ©  Edith Liégey these.fr

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 21:55

 

Pistolletto Louvre Vénus chiffons

Michelangelo Pistoletto « Vénus aux chiffons » 1967 MAC Rivoli - Musée Louvre Paris 2013  [5]

L’art un langage et l’anthropologue un « passeur de sens »


L’art est un mode communicationnel, un langage lié à l’image, au symbole ou au signe, il produit du sens. Il fournit à l’anthropologue matière à analyse des formes de langages dans le cadre de la philologie notamment. L’étude de l'écologie dans l'art suppose de s’intéresser au caractère engagé de l’œuvre. Cet engagement est nécessairement relié au milieu dans lequel évolue l’artiste ou le cadre dans lequel est diffusé son travail. La création artistique est un moyen de transmettre une idée, un mode de langage et dans une temporalité qui dépasse le siècle. L’artiste serait un  "passeur de sens" universel, révélé par le travail de l’anthropologue dans le temps. Ce passage de sens serait attribué au créateur et au producteur. Pour Lévi-Strauss, le mouvement artistique doit faire sens et ne peut être réduit à sa forme. Très critique à l’égard du cubisme et une œuvre de Picasso, il dira qu’elle "apporte moins un message original qu’elle ne se livre à une trituration du code de la peinture /…/ Les signes n’ont plus d’un système de signes que la fonction formelle : en fait et sociologiquement parlant ils ne servent pas à la communication au sein d’un groupe."[1]


Pour Miguel Chevalier[2] "l’artiste est plutôt un témoin d’une époque qui fait prendre conscience d’éléments qui ne sont pas toujours tangibles dans l’immédiat. C’est peut-être par leur hypersensibilité que les artistes peuvent arriver à démontrer ou à préfigurer des consciences. Par exemple Krajcberg, bien avant l’heure, a développé des idées que beaucoup de gens trouvaient un peu farfelues à son époque et qui finalement avec le temps se révèlent être très pertinentes par rapport à nos rythmes, à nos sociétés qui surconsomment. Fontana, parlait du concept "Spaziale"[3] que personne ne comprenait alors, et qui prend aujourd’hui toute sa valeur." Michelangelo Pistoletto insiste sur le fait que l’artiste doit être un guide. "L’art doit être considéré comme un moyen qui peut ouvrir des perspectives à la société comme c’était le cas à la Renaissance." La Vénus aux chiffons de Pistoletto créée en 1967 dans le mouvement d’Arte Povera produit aujourd’hui un sens nouveau, qualifiée  "d’icône du recyclage"[4]. A cette époque, explique Pistoletto, "on sentait une nécessité, on n’avait pas fait le passage entre l’œuvre et l’action structurée dressée vers le social. Mais pour moi, il y avait déjà les racines de se concentrer sur des valeurs essentielles. Sur ces racines, je me suis senti de faire monter un arbre qui est celui de l’interaction avec le social. Pistoletto associe l’adjectif -pauvre- de l’Arte Povera à "la décroissance, une idée écologique du progrès /…/ sortir de cette situation de consommation quotidienne et trouver des énergies nouvelles."

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En 2013, le Musée du Louvre donne « carte blanche », pour la première fois, à un artiste d’art contemporain pour investir les lieux et offrir un nouveau regard aux visiteurs. Marie-Laure Bernadac, Conservatrice générale chargée de l'art contemporain au Louvre sous la présidence d’Henry Loyrette, choisit un artiste de l’Arte Povera pour une exposition au nom évocateur et inspirant une suite probable : Michelangelo Pistoletto Année 1 : Paradis sur Terre. L’artiste peut diffuser ses œuvres comme ses idées et délivrer des messages. « Une exposition de mes œuvres au Louvre, à ce moment précis de l’histoire, me permet de faire le point sur la situation actuelle. Le Louvre étant en quelque sorte un miroir de l’histoire, je peux faire de mes œuvres le miroir du Louvre. C’est d’autant plus vrai que les Tableaux-miroirs ont un rôle actif : ils reflètent à la fois le passé et le présent, c’est-à-dire la collection en même temps que les visiteurs.» Pistoletto précise qu’en langue ancienne persane, le mot « paradis » signifie « jardin protégé », dans le but d’offrir une meilleure qualité de vie.[9] Le signe revisité de l’infini trône sur la pyramide de verre. « Le premier paradis, c’est celui où les humains se sont intégrés dans la nature. Le second c’est le paradis artificiel : quand les humains se sont éloignés de la nature, avec des effets positifs et négatifs. Le troisième, c’est prendre ce qui est bon dans l’artifice et s’en servir pour reprendre contact avec la nature. Il réconcilie l’art et la culture avec la science et la technique, et propose au monde entier de collaborer pour rendre durable la vie humaine sur la Terre.»

Aucune ambiguïté sur les intentions du Louvre, comme en témoigne la question de Marie-Laure Bernadac à l’artiste, diffusée à la presse : « Comment le Troisième Paradis peut-il réellement influencer l’activité des musées, qui sont devenus aujourd’hui la proie du tourisme de masse et du consumérisme économique et culturel ? » L’objectif du Musée, comme vitrine du monde à travers les Tableaux-miroirs de Pistoletto, est bien d’interroger les pratiques culturelles de la société et plus généralement de l’économie de marché. Le dossier de presse de l’exposition détaille par ailleurs les activités de la Fondation Pistoletto Cittadellarte, comme une série de conférences et performances aux noms évocateurs : « Le Troisième Paradis : vision et anticipation, Regard sur un monde en devenir, Viens lire au Louvre. Un monde meilleur. » Mais le Musée ne s’arrête pas là. « Artiste engagé, Michelangelo Pistoletto a souhaité que son exposition Année 1, le paradis sur terre, soit accompagnéed’une action territoriale à grande échelle. » Un projet d’éducation artistique est conçu pour l’occasion. Il vise à fédérer les publics autour du travail de Pistoletto et les réflexions liées. Le but est de réaliser des œuvres collectives par des participants de Paris, d’Ile de France et d’Italie. 1500 enfants et adultes ont présenté en juin 2013 leurs travaux animés par une performance artistique collective et partagée avec les passants du Jardins des Tuileries à Paris, invités à déployer le symbole de l’artiste par un immense ruban d’aluminium « matériel recyclable à l’infini ». Quelle est la valeur de ce signe, sans partage ? « Si l’humanité ne réalise pas la transformation du Troisième Paradis, ce signe n’aura aucune valeur ! » clame Pistoletto. « Il doit être accompagné par la parole, par la communication et par la médiation. Mais il faut être très vigilant au risque de possibles spéculations et récupérations commerciales, politiques, voire religieuses… » 



[1] M. Hénaff, Claude Lévi-Strauss, le passeur de sens, Tempus, 2008 p 122.  

[2] Enquête ethnographique, Miguel Chevalier, 20 avril 2013, Musée d’Art moderne et contemporain, Céret, par Edith Liégey en partenariat avec Claude Mossessian

[3] Le mouvement spatial ouvre l’art à la relation avec la science et la technologie cf. Premier Manifeste du Spatialisme en 1947, précurseur avec "L’Ambiente spaziale" ou Environnement spatial à Milan en 1949 et préfigure le développement de l’occupation de l’espace dans l’art contemporain.

[4] Patrick Javault émission "Plateformes" France Culture Rencontre avec Michelangelo Pistoletto "Le Troisième Paradis" oct 2011.
[5] "La vénus aux chiffons est une oeuvre emblématique de l'Arte Povera courant artistique des années 60. Les chiffons employés -ici- par Michelango Pistoletto sont ceux qu'il utilisait pour nettoyer les miroirs. Ce sont de vieux vêtements qui suggèrent le temps qui passe, les méfaits de la société de consommation et de ses déchets ; ils contrastent donc avec la sculpture antique de Vénus, un symbole de beauté permanente." Cartel de l'œuvre Musée du Louvre 2013.

Lire article jardin-eco-culture.com Arte Povera, retour d'un art de la décroissance au 21ème siècle

 

Plus d'infos : Exposition "Michelangelo Pistoletto Année 1, le paradis sur terre" Musée du Louvre du 25 avril au 2 septembre 2013

 

©  Edith Liégey these.fr

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 13:58

 

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La Maison 2002

Le travail d'Eija-Liisa Ahtila est incontestablement situé entre deux mondes. Sans jamais tomber complètement dans un espace onirique, ses installations "images en mouvement" piègent les habitudes, traquent les évidences et invitent à une autre vision de la condition humaine. Sans quitter le monde du vivant, la filmographie inventive et précise de l'artiste appelle une conscience nouvelle, une hauteur parallèle, distance nécessaire pour mieux l'observer. Eija-Liisa Ahtila place le visiteur en perpétuelle lévitation, dans un espace temps répété ou ralenti, presque étouffé, proche du souffle coupé. Il oblige à la concentration didactique dans un état à la fois inconfortable et captivant, résolument intime. L'artiste sonde un rapport anthropologique réaliste où s'invitent comédiens, amateurs -femmes au parcours chaotique- et animaux. Un point de vue, une mise en situation lente et monotone dans l'environnement propagent une sensation de détachement sans renoncement. "Nous vivons dans une époque caractérisée par la définition, la redéfinition, la déconstruction, la restructuration, le flou, et l'élimination des frontières, les limites et les définitions."

 

 

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Horizontal 2011

 

Avec "Horizontal", les tableaux successifs filmés d'un épicéa coupé et ses morceaux désolidarisés dans leur prise de vue au vent, recomposent une apparente ou évidente réalité. "Quand on parle de la présence familière de l’épicéa, de quoi s’agit-il au juste ? Nous l’avons décrit et nous sommes habitués à le voir. Mais nous avons oublié de nous demander ce que pourrait être notre relation avec l’épicéa. L’écologie nous oblige à poser ce genre de questions naïves, qui n’ont pas de réponse immédiate, et n’en ont pas besoin d’ailleurs. Il suffit de les laisser en suspens pour ouvrir des horizons inconnus /.../ J’essaie de montrer, par exemple, que les mondes de la nature et en particulier celui des expressions humaines au cinéma ne se rencontrent pas. Même si ces mondes coexistent, ils sont parallèles".

 

Regard oblique inaccoutumé "fenêtre numérique sur le monde", l'artiste finlandaise interroge de façon habile la question du sens des êtres vivants. Casse tête méditatif, voie sans issue, les perceptions sensorielles en éveil  font naître, de pièce en pièce au fil d'un parcours cinétique original, une sensation universelle, celle de l'incertitude.  

 



A voir exposition Eija-Liisa Ahtila. Mondes parallèles au Carré d'Art Musée d'Art Contemporain à Nîmes jusqu'au 6 janvier 2013
Dossier de presse EIJA-LIISA AHTILA Mondes parallèles

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 23:09


fiac 2012 jardin des plantes 

La FIAC Hors les murs entre au Muséum National d'Histoire Naturelle pour un cycle de conférences dédié à "L'Art et l'écologie : une question de goût ou de science ?" en partenariat actif avec le réseau COAL -Coalition pour l'art et le développement durable. L'auditorium de la Grande Galerie de l’Evolution du Muséum abritera du 18 au 21 octobre scientifiques, artistes et théoriciens de l'art pour répondre à trois questions : "La science change-t-elle notre goût artistique ?" L'esthétique est-elle éthique ? Et L'art pour changer de point de vue ?" Une affiche et un programme en écho aux recherches de www.jardin-eco-culture.com sur Art, écologie : l'homme, un animal sensible ?

 

Le Jardin des plantes et les collections du Muséum seront par ailleurs envahies de 28 installations d'art contemporain. Un Crocodile en pièces, pour Lionel Sabatté son créateur, se joue de la monnaie unique. Les Coquilles incluses de Linda Sanchez sont prêtes à éclore au milieu des collections du Muséum et émettent des sons de matières singulières. Une Réplique (Baphomêtre) de Bertrand Lamarche -nominé Prix Duchamp 2012- invente une machine génératrice de formes organiques aux effets hypnotiques. Fiction, rêve ou réalité, le décor est planté, entre art et écologie.

 

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Un Crocodile en pièces - Lionel Sabatté

 

L'homme, un animal sensible ? 

Des artistes aux quatre coins de la planète lancent le défi de briser le mur de l'indifférence d'un monde urbain qui semble sourd au sort d'une nature maltraitée par ses excès et tentent de sortir du silence ses éléments, les êtres y vivant. La solution n'est-elle pas de croiser ces mondes peuplés, les laisser s'envahir mutuellement, leur permettre de confronter leur existence, hommes des villes et animaux ? Lieux improbables de rencontres sensibles où l'art serait le liant nécessaire pour re-trouver le sens, du mot vivant. Aujourd’hui, l’image de l’humain est surexploitée. Elle laisse le champ à l’expression et la "présence silencieuse" de l’animal témoin. La symbolique des animaux est aussi familière à l’homme. Croiser l’absurde, prendre du recul sur son mode de vie et ses conséquences, le regard de l’animal, non culpabilisant, non blasé presque naïf, nous ramène à l’état de nature et à l’état critique de nos pratiques et celle de notre société. L’art numérique est sans doute la clé pour rapprocher des mondes éloignés et permettre une plus large diffusion. Paradoxalement, l’animal peuple d’humanité des lieux déshumanisés. Eloge de la nature, nouveau regard inaccoutumé en un lieu improbable, faut-il que ces animaux familiers et oubliés envahissent les musées pour se rapprocher de la fragilité de notre humanité ?

 

 

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Réplique (Baphomêtre) Bertrand Lamarche

 

 

FIAC Foire Internationale Art Contemporain

FIAC au Jardin des plantes

Le programme des conférences COAL

Le Jardin des plantes 

Les oeuvres & Collections du Muséum

Vidéo L'express 2011 La FIAC hors les murs au jardin des Plantes

 

Voir Chroniques www.jardin-eco-culture.com en lien

Art, écologie et forêts, l’homme un animal sensible ?

Changement climatique, tout un art

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 21:51

 

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 « En vert » n°19 bis Festival international des Jardins Chaumont-sur-Loire 2012

 

Quand le Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire va au delà de l'esthétique du paysage, il nous met la tête à l'envers. "En vert" joue avec le promeneur curieux et en quête de sens. Une ambiance sonore place le décor. Un banc sous un arbre parleur semble vouvoir recueillir les doléances et invite à la scène. Des échelles bien plantées dans une végétation luxuriante et des pendus, la tête dans le sol, font l'autruche ? La superstructure, concepteurs pluri-disciplinaires de l'installation, s'amuse et le visiteur aussi. Les écrans numériques sur le chemin livrent une tête à la gestuelle tragi-comique et aux gesticulations rompues à des mastications forcées par l'ingurgitation de fruits comestibles ou non... L'équilibre est à la fois fragile et parfait. Un art environnemental original à la croisée des arts vivant et numérique.

 

La création artistique "En vert" porte bien son nom, au cœur d'un Festival qui fête la Nature et la revisite par la main experte de l'homme et de la femme. Les éléments du tableau sont ainsi le fruit d'un porte-à-porte local et responsable où le voisinage participe, pourvoyeur d'objets récupérés. Révélateur d'un milieu tempéré généreux, la récolte est abondante, des bottes aux costumes sombres trois pièces en passant par les échelles. Mais leurs marches errent sans fin dans les nuages, à moins que ce ne soit dans le néant ?

 

 

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Plus d'infos

BIO Collectif La Superstructure


"La Superstructure" Patrice GOBERT, architecte
Programmation 2012 Domaine de Chaumont-sur-Loire
Visite de l'édition 2012 du Festival des jardins
jusqu'au 21 octobre 2012

Sélection de Culture.fr "Des délices et des délires au Festival des jardins de Chaumont"  


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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 00:00

 

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L'Arbre et son ombre Vidéo projection 2008 - Cliquez sur la photo

 

L'esprit de Nature ou la nature pour esprit, Samuel Rousseau manie l'art vidéo avec brio. Entrer dans son monde c'est entrer dans un espace temps ralenti mais suffisant pour discerner l'invisible sens de l'existence. L'arbre et son ombre ou l'accélération lente du processus de vie et de mort naturelle d'un arbre, comme un éternel recommencement fascinant, recompose des images mentales, par un concentré de vie réduit. Les images reconstituées d'ombres portées, accélérées de plusieurs saisons se succèdent habilement. Une dizaine de minutes de création qui obligent à se poser irrésistiblement, malgré la fin connue. Bercés par la lenteur rapide de la naissance des feuilles, au feuillage virtuel foisonnant puis tombant, le bois mort, réel imperturbable, planté comme un i, par magie reprend vie. L'esprit s'échappe. Réalité virtuelle ? "Que signifie faire des images dans une société qui vomit et gueule des images sans aucun sens ni épaisseur ? Ce qui m'intéresse, comme disait Robert Fillioud, c'est que l'art serve de plate-forme de décollage à l'esprit." L'arbre et son ombre de Samuel Rousseau suit son implacable chemin silencieux, caché dans une salle du château à Chaumont-sur-Loire, au milieu d'une nature abondante. Un regard croisé patient où l'écran, médiateur précis d'une réalité, sonde un temps qui passe, celui de la vie.

 

 


Plus d'infos

BIO Samuel Rousseau

Vidéo Créativtv.net "Samuel Rousseau nommé au Prix Duchamp 2011"
Samuel Rousseau au Château de Chaumont-sur-Loire jusqu'au 7 novembre 2012

Programmation 2012 Domaine de Chaumont-sur-Loire

 

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Published by Edith Liégey - dans ART NUMERIQUE
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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 23:34


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Tiled flower garden 2012 - Palais de Tokyo

Mer des sables ou Tsunami, étrange et instable accalmie de fers mêlés de déchets, de couleurs savamment articulées pour être assemblées dans une "Intense proximité" au Palais de Tokyo. Le travail de l'artiste international El Anatsui s'impose telle une marque de fabrique. Tapis-tableaux composés en citation éternelle aux drapés du Baiser de Gustave Klimt, Sasa tapisse aussi magistralement l'entrée des artistes d'un monde moderne et contemporain conservé au Centre Pompidou. Ironie du sort pour ces capsules de métal concassées, vestiges de consommations de masse de bouteilles de liqueurs prêtes à jeter ou restes d'une Afrique post coloniale. "Brahim El Anatsui transforme le degré zéro de l'économie africaine en une nouvelle richesse"*. Interceptées, recyclées et réinventées par un mélange d'art ancestral africain et mouvement contemporain, elles sont aujourd'hui admirées et érigées à une certaine sacralité dans un Palais. Annonciation de la fin d'un monde ou jardin de fleurs né de ses cendres ? Les installations d'El Anatsui ne révèlent leur secret que de près... De loin l'effet reste saisissant, derniers jours au Palais de Tokyo, laboratoire d'expériences réanimé avec simplicité, ouvert de midi à minuit et mis en lumières par la Triennale.


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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 16:11

 

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Triennale internationale des Arts Textiles Contemporains de Tournai 2011

Interroger la vie, l'essence de l'existence et ses renaissances, Caroline Léger tisse des liens utiles inéluctablement entrelacés, entre l'humanité et la nature. Ces germinations n'en finissent pas de pousser, d'éclore magnifiquement dans un terreau de fibres tissées et aérées pour pourrir de leur vivant puis renaître inexorablement. Ce cycle incessant, bal insolent de liberté et d'éternité oblige à l'humilité. Observer ses compositions ou décompositions est fascinant tant on a oublié la culture de la vie, la force d'une nature simplement sublimée qui reprend ses droits au milieu de n'importe où.

 

Les recherches végétales de l'artiste croisent les matériaux et la tapisserie. Des graines s'élèvent entre les mailles des textiles, linceuls maculés ou sombres, parfois glissent sur les mots abîmés et s'agrippent sur les pages des livres rongés par des prédateurs dissimulés. Adaptées, elles évoluent même enfermées dans des boîtes de verre, vitrines aseptisées méthodiquement rangées dans une Faculté. Un brin d'humidité, des systèmes d'irrigation autonomes inventés, alors vient le temps d'un recul nécessaire, d'un travail éphémère, essentiel, poste d'observation existentiel.

 

Les oeuvres de Caroline Léger invitent à la méditation, installations uniques, elle travaille en fonction du temps d'une exposition, "pour moi c'est la vie qui m'intéresse", valeurs perdues, expérimentations, attente lente, fruit de la nature perdue ou défendue ?

 

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Installation végétale Cloître Couvent des Augustins Enghien Belgique 2009


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« Jardins suspendus » Cité Geuten de Comines Art/terre 2010

 

Plus d'infos Caroline Léger

Article "Le végétal s'installe à la bibliothèque..."

"Art et Sciences" 2011 par Université de Liège


Voir aussi le travail de Mathilde Roussel

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 19:26

 

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Eva Jospin "Forêt" -Carton- Collection Musée de la Chasse et de la Nature 2010

Promenez-vous dans les bois et le loup y sera. Insolite visite au Musée de la Chasse et de la Nature où l'on croise dans les salons et boudoirs des animaux et œuvres d'art. Claude d'Anthenaise Conservateur en chef, développeur d'une "écologie humaniste", propose une muséographie originale en plein coeur du Marais, un îlot singulier où les animaux investissent le territoire des hommes. Elégant écrin aux allures sauvages, toutes les natures s'y côtoient. Familière sensation d'être chez soi, l'homme retrouverait-il le sens de son animalité dans un musée ? Sous vos pieds les parquets crissent, à moins que ce ne soient les bruits d'une forêt ? Car tout y fait songer, la "salle du sanglier, le coin du loup ou la galerie des trophées"... Les mobiliers deviennent des cabinets de curiosités où l'on piste étonné des laissées reconstituées. A peine remarqué, le renard roux sommeille en rond sur un fauteuil de velours. Et sans y penser direction vers le salon de compagnie qui fait du bruit... 


Le loup discret est déjà à vos côtés, à vos pieds. Il est votre hôte et invite à vous languir dans son salon, à y séjourner, longtemps. C'est là que prend la pose, le célèbre chien de Jeff Koons, l'air de rien. Plus loin ses empreintes dans la terre... tel un promeneur solitaire, vous errez sans repère. Un sombre recoin étonnant attire irrésistiblement. Diane chasseresse y est l'inspiratrice d'une nuit de plumes sous le regard de verre d'un hibou messager de sa mort (Jan Fabre 2006). Un "Dieu de la forêt", habillé pour Balenciaga d'écorce de bouleau, se cache dans l'obscur monde des licornes (Janine Janet 1957). Bientôt, des cornes de cerf plantées au plafond donnent l'impression d'étranges menaces. Des siècles de chasse de trophées immortalisés, têtes d'animaux familiers ou exotiques accumulées, prennent de la hauteur et contemplent leur revanche sur de piètres existences. Et naturellement vous cheminez, accompagnés des veilleurs du palais. Bienveillants, ils jouent les guides. Parfois ils content des histoires lorsque subjugués vous tombez nez à nez avec un ours blanc et au même moment une carcasse de voiture abandonnée à la volière aux oiseaux surprend, comme la présence encombrante de l'homme.

 

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"La voiture aux oiseaux" Vincent Dubourg 2007

Au sommet de l'aventure, le gorille naturalisé annonce presque la fin du périple après avoir croisé Zarafa "première girafe de France" icône exotique légendaire. Une "machine désirante" garnie de boutons poussoirs incite à produire des sons, cris de Faisan de Colchide, Hibou petit duc ou Geai des chênes résonnent alors dans la forêt d'Eva Jospin, œuvre d'arbres contemporains. Tout en carton, d'une impressionnante minutie, telle une perspective de précision, elle fascine à la contemplation. L'ambiance est bucolique. La fin est proche, la cabane des Sommer, couple de passionnés et maîtres fondateurs des lieux, livre ses secrets, cachée au fond de la forêt. Collectionneurs et mécènes, ils continuent de hanter les murs du Musée magistralement conservé et réinventé. A découvrir sans tarder.

 

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Karen Knorr Fables Musée de la Chasse et de la Nature 2008


"Le ressort habituel des fables consiste à prêter aux animaux les conventions des hommes. La figure métaphorique de l’animal permet ainsi une approche critique de l’humanité. Mais il semble bien que les Fables de Karen Knorr aient un autre objet. Les animaux y évoluent avec naturel dans le territoire des hommes. Pas n’importe quel territoire, mais précisément celui qui devrait résolument leur rester interdit, qu’il s’agisse de salles de musée ou d’autres » sanctuaires culturels » que l’on veut habituellement protéger de la profanation des bêtes. Bien que pacifique, l’intrusion des bêtes subvertit l’institution et met en évidence son caractère » contre nature ." 

 


Plus d'infos Musée de la Chasse et de la Nature
Nouveau parcours muséographique 

Claude d'Anthenaise

Vidéo "Monuments et animaux"   
Interview Le journal des Arts 7 juin 2012 
"La fondation se positionne au service d'une écologie humaniste"
A lire chroniques jardin-eco-culture.com 
"Changement climatique et comportement tout un art"
"La nature dans le fil de Claire Morgan"


Plus d'infos Eva Jospin 


Karen Knorr Fables & Léda et le cygne

A voir aussi Deyrolle  

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 22:58

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Gris, taronja i rosa 1967


Œuvres méditatives mouvantes tels des sables, épaisses poussières existentielles, entre terre et cendre, s'enfoncer dans les murs de Tàpies c'est sonder un espace, le temps. Tàpies signifie "murs" en catalan. L'artiste disait se "battre avec la matière, lui donner des coups de couteaux". Il semble cracher les couleurs de l'origine du monde comme un volcan en irruption, fasciné par la découverte scientifique du 20ème siècle, la bombe atomique, et ses répercussions métaphysiques. "Devant une véritable œuvre d’art, le spectateur doit ressentir la nécessité d’un examen de conscience, d’une révision de son domaine conceptuel. L’artiste doit lui faire toucher du doigt les limites de son univers, et lui ouvrir des perspectives nouvelles. Il s’agit là d’une entreprise véritablement humaniste." Graphisme primitif, symbolisme des signes ou graffitis des rues, ses initiales sont sacralisées au rang de crucifixion en quête d'élévation, allégorie des morts d'une guerre civile espagnole qui hantent ses souvenirs. 

 

"Il y a parfois dans mon oeuvre un hommage aux objets insignifiants : papier, carton, détritus..."


L'univers informel et matiériste d'Antoni Tàpies, influencé par les surréalistes et la pensée Dada, au delà du sens, est marqué d'une force créatrice brute, celle de la nature de l'homme. Expression frénétique d'une empreinte de vie et de mort du corps "engrais qui féconde la terre", son grattage instinctif des couches successives des matériaux qu'il dissémine, semble vouloir faire obstacle à la transparence, à l'indifférence. Immenses et immortels "tableaux-murs" érigés, saupoudrés et collés, de fines particules d'argile et de marbre se mélangent à la peinture. Sable, paille, corde, papier, coupures de journaux, morceaux de bois, bouts de tissus maculés ou vêtements usagés se disputent la toile ou l'espace, éclatés dans une énergie impulsive. Des objets "simples" du quotidien inspirent l'artiste avant-gardiste et précurseur d'un futur arte povera. "C’est méditer sur les choses premières, sur l’essence de la nature, sur l’origine de la force et de la vie… " Ce peintre et sculpteur catalan à l'aura internationale, habité de philosophie orientale, a créé des œuvres expérimentales, à partir de la matière, imperceptible atome identitaire entre la nature et l'homme, incarnation originelle devant l'éternel. Le talent volcanique d'Antoni Tàpies s'est éteint le 6 février 2012, reste la subsistance de son art, puissant.




A découvrir jusqu'au 10 juin 2012 à la Fondation Antoni Tàpies à Barcelone, issue d'une série, la Collection n°3 dédiée à l'évolution des techniques et matériaux utilisés par l'artiste. Ne manquez pas la prochaine exposition européenne en escale unique en France au Musée d'Art moderne de Céret "Image, Corps, Pathos" du 30 juin au 14 octobre 2012, conduite par Nathalie Gallissot sa Conservatrice et Directrice avec la Fondation de Barcelone, qui présente un choix d'oeuvres de 1945 à 2008. Voir le cycle de conférences à partir du 31 mai 2012 sur le travail d'Antoni Tàpies.

Plus d'infos sur www.jardin-eco-culture.com Biographie et mouvements artistiques Antoni Tàpies

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  • Edith Liégey
  • Déléguée Générale au Développement durable territorial - Doctorante chercheur au Muséum National d'Histoire Naturelle Sciences de la Nature et de l'Homme : Ecologie et évolution Art contemporain - Ingénierie développement durable, Culture
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