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© Photo Philippe Domergue Baux-de-Provence Octobre 2011


A l'instar d'un nid d'aigle, il aura fallu un des plus beaux villages de France perché dans les Alpilles, pour rencontrer ce colosse à l'air libre, Arman. Aux Baux-de-Provence, on est loin du bruit des déchets produit d'une consommation citadine intempestive. Isolé dans les hauteurs comme une posture utile d'élévation, ce lieu nous invite à la réflexion, au contraste, au rapport de l'homme à la vie, à son rythme de production, à sa mécanique infernale et accumulative.

Dans les années 60, avant même que l'on s'interroge sur leur devenir, les objets du quotidien délaissés par leurs consommateurs sont déjà l'obsession d'Arman. Le processus de création de l'artiste est presque un rituel méthodique et étonnement symbolique. D'abord l'appropriation via l'accumulation -il accumule des séries jetées ou vendues pour une bouchée de pain- puis il songe à leur destruction, casse, brûle -colères et rages libératrices tel un exutoire- enfin la résurrection via la création. Mais en quête d'éternité, il cherche à conserver les stigmates d'une civilisation et l'enfermer à jamais dans une coulée de résine. Du violon -qu'il détestait obligé à l'écouter par son père- aux caddies des grandes surfaces, en passant par les tubes de peintures, les pinceaux, les fers à repasser, les machines à écrire, poupées et masques à gaz... les voitures et pièces détachées, les poubelles des foyers, américaines et européennes... tout est prétexte à la boulimie de son art libératoire.

Plus de quarante ans de distance et le champ critique de ces créations apparaît comme une évidence. Une grande force naturelle se libère des œuvres d'Arman et habite les lieux où il s'installe. Compris comme des objets créés pour nous servir et qui nous asservissent au final, c'est immortalisés dans une lave de plastique, marque indélébile et polluante du passage de l'homme sur terre, que l'artiste laisse sa meilleure empreinte.


Arman par

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