Thèse Ecomorphisme(s), vers une culture du vivant

"La thèse de Mme Édith Liégey – un imposant volume de 713 pages – propose dans le contexte scientifique de sa discipline un exercice assez rare [...] de ce qu’est ou pourrait être cette nouvelle approche imaginée et accomplie concrètement par les artistes (d’ailleurs souvent en collaboration avec des scientifiques), et qu’elle a choisi de nommer « écomorphisme(s) ».

L’impressionnante collecte d’informations, de faits, d’états des lieux, d’entretiens, et, surtout leur mise en forme, force l’admiration, car il ne semble pas exister à ce jour – sauf erreur ou méconnaissance – une telle synthèse portant sur les productions artistiques contemporaines en regard des études scientifiques correspondantes ou parallèles. À cet égard, la recherche de Mme Liégey nous livre un panorama aussi riche que diversifiée sur les pratiques et les enjeux actuels de cet écomorphisme, d’autant plus intéressant que, très souvent, nous avons affaire à des informations de première main, surtout de la part des artistes – mais aussi des commissaires d’exposition et/ou directeurs d’institutions –, ce qui est l’un des grands intérêts de la thèse que de nous faire penser et vivre dans le moment contemporain les problématiques explorées dans cette recherche.

Mais parce qu’il s’agit du contemporain, il n’était pas facile de mener à bien une telle série d’enquêtes, et, simultanément, d’en tirer les conséquences et d’en imaginer les hypothèses. Là aussi, Mme Liégey a su proposer des pistes actuelles et futures pour penser les transformations qui s’opèrent sous nos yeux et qui sont, outre l’écomorphisme, notamment l’écopoétique et la symbolique écologique. [...]

D’autres questions seront soulevées lors de la soutenance de ce très bon travail de recherche, raison pour laquelle, l’avis est favorable pour la soutenance."

Jacinto Lageira, Professeur d'Esthétique, Sciences de l'Art, Arts appliqués, Ecole des arts de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (extrait du Rapport de soutenance de thèse).

"Cette thèse s’articule autour de la présentation et de la discussion de la notion d’écomorphisme, définie page 10 comme étant « un envahissement artistique de formes de la nature sauvage comme autant de possibilités de rencontres du vivant ». [...] Dans la première partie, intitulée « États de l’art et écologie(s) », l’entreprise générale, ou l’hypothèse sur laquelle elle se fonde, est explicitée page 31 : « Nous proposons de transposer un phénomène de transformation physique d’espèces suivant leur milieu de vie, l’écomorphisme, à la fréquentation de formes d’art aux états d’écologie(s). Par extension, cette symbolique de nature en crise au musée serait le signal d’une transformation de notre conscience écologique et d’un développement de notre culture du vivant.»

Dans la deuxième partie, intitulée « Morphogénéalogie, évolution(s) », la candidate produit une morphogénèse de la question écologique dans l’art fondée sur un impressionnant corpus d’œuvres. C’est une contribution tout à fait originale et extrêmement bien documentée à l’histoire contemporaine de l’art et ce travail à lui seul mérite d’être repris sous forme de publication afin d’en faire profiter la communauté scientifique sous une forme plus condensée et plus accessible que le manuscrit de thèse. [...] L’originalité et la solidité de la méthode sont plus évidente dans le projet de morphogénéalogie, extrêmement riche et original, qui est présenté dans la seconde partie.

Les troisième et quatrième parties sont probablement les plus abouties et les plus innovantes de la thèse. Dans la troisième partie, intitulée « Vu(e) des arbres », se consacre aux arbres [...] forme que la section précédente a révélé comme étant la plus communément convoquée par les artistes. L’étude en histoire de l’art est avantageusement mise en parallèle avec les grands enjeux environnementaux liés à la déforestation. [...] Ici encore, le manuscrit livre un essai (voire plusieurs) très abouti(s), qui justifierait amplement des publications autonomes. Enfin, dans la quatrième et dernière partie, intitulée « Au-dessus des nuages ? », l’exercice d’exégèse et de critique historique, esthétique et artistique est renouvelé autour de la figure du nuage. [...]

La grande qualité de cette thèse repose sur l’immense corpus artistique qu’elle convoque, l’érudition et la familiarité apparente de la candidate avec les œuvres et les artistes qu’elle commente, et qui offre un panorama extrêmement riche et enthousiasmant des productions artistiques liées aux enjeux écologiques et environnementaux de notre temps. Ce travail et cette expertise à eux seuls méritent d’être salués et justifient amplement que cette thèse soit soutenue. [...]

Pour ce travail titanesque, pour le courage dont a fait preuve la candidate en ouvrant des voies inédites dans la recherche française, pour la ténacité dont elle a fait preuve en poursuivant ce travail de recherche en parallèle d’une vie professionnelle déjà très remplie, et pour l’originalité de sa contribution à l’histoire de l’art et à l’esthétique environnementale, je recommande la soutenance."

Virginie Maris, Chercheur CNRS, chargée de recherche en éthique de la conservation de la biodiversité et philosophie de l'environnement, CEFE, Université Paul Valéry, Montpellier (extrait du Rapport de soutenance de thèse).

Photos en couverture. Figure IV-102. Água fria - dream or real, 2011, Nathalie Joiris, photo extraite de la vidéo, 00'51' https://vimeo.com/39056380, Série Pensées utopiques - Figure III-80. La Maison, 2002. Eija-Liisa Ahtila, exposition Eija-Liisa Ahtila. Mondes parallèles, Carré d’art, Nîmes, 2013, photo Marja-Leena Hukknen.

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